Les interviews…

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Luc MALAVAL, U1059, Saint-Etienne

CA : Vous êtes un des fondateurs de la SFBTM, que pensez-vous du développement de votre « bébé » et pensez-vous qu’il soit arrivé à maturité?

Au cours des « quelques » années qui se sont écoulées depuis les premières JFBTM (janvier 1998), j’ai été impressionné par leur succès constant, et j’ai pu mesurer leur impact en termes d’animation de notre champ d’activité. J’ai rarement participé à une manip qui ait marché aussi bien ! Bien sûr, on peut souhaiter faire mieux encore, par exemple en ce qui concerne les échanges d’étudiants entre laboratoires, et en matière d’animation du champ. Mais je trouve déjà remarquable le point où nous en sommes aujourd’hui, qui témoigne de la vitalité de notre domaine de recherche, ainsi que du dévouement des nombreuses personnes qui ont œuvré au développement de la SFBTM au cours des années. L’affluence prévue au prochain congrès de Limoges témoigne de ce succès, et me fait un très grand plaisir.

CA : Pouvez-vous nous résumer votre parcours scientifique et votre rencontre avec les tissus minéralisés?

Quand j’étais tout petit… hum… pour aller plus vite, peut être, j’ai fait une thèse de troisième cycle (1982) où j’étudiais la morphophysiologie (microscopie électronique, stéréologie, histochimie) des muscles d’un invertébré marin, Beroe ovata - qui est un Cténaire, comme la « Groseille de mer » ou la « Ceinture de Vénus », des animaux peut être mieux connus. Un travail récent de phylogénie moléculaire a montré que les Cténaires sont le « groupe-frère » de tous les autres métazoaires - « l’autre » règne animal, en quelque sorte. Si on pousse un peu, on peut dont dire que j’ai commencé en xénobiologie !

Après ma soutenance, je suis entré, plutôt par hasard en fait, dans le laboratoire INSERM de Pierre Meunier, pour y travailler avec Pierre Delmas sur le développement de marqueurs circulants du métabolisme osseux – dont l’ostéocalcine. C’est ainsi que j’ai découvert le squelette et sa biologie. Le début des années 80 était justement le moment où la biochimie du tissu osseux se développait enfin, et je suis devenu après mon recrutement à l’INSERM un biochimiste des protéines matricielles. Au début des années 90, un formidable séjour de 2 ans à Toronto, dans le laboratoire de Jane Aubin avec qui j’ai toujours le privilège de collaborer, m’a fait m’orienter vers les questions de différenciation ostéoblastique et de recrutement des ostéoprogéniteurs. Les travaux de caractérisation des modèles in vitro d’ostéogenèse que nous avons réalisé avec Jane durant les 10 années suivantes ont je crois été d’une certaine utilité pour notre domaine.

En 2004 (10 ans déjà !)  j’ai rejoint le groupe dirigé par Laurence Vico à Saint-Etienne, dans lequel j’utilise en particulier des techniques d’expérimentation animale pour analyser le rôle de certaines protéines matricielles du tissu osseux dans la biologie du squelette et sa réponse aux défis environnementaux, dont les contraintes mécaniques.

CA : Sur quoi travaillez-vous actuellement? Quelles sont les interactions avec les thématiques de votre unité ?

Mon activité actuelle est double. D’une part, je poursuis des travaux sur les protéines de la famille des SIBLING, en particulier la BSP et l’ostéopontine (OPN), en utilisant en particulier des souris génétiquement modifiées, dont certaines que nous produisons nous même. D’autre part, nous développons des cultures in vitro d’ostéogenèse en 3 dimensions sur support d’hydroxyapatite, perfusées et soumises à contrainte mécanique, avec pour objectif de réaliser un modèle de tissu osseux qui permettra de répondre, dans des conditions expérimentales contrôlées, à des questions physiologiques précises. Celles ci peuvent concerner par exemple l’impact de certaines protéines matricielles dont… les SIBLING. Ceci s’inscrit dans la thématique générale de notre équipe (Biologie intégrative du tissu osseux), en particulier sous l’axe « microenvironnement ». Les collaborations sont fortes en particulier avec l’axe de l’équipe qui s’intéresse à la vascularisation osseuse (Marie-Hélène Lafage, Bernard Roche), car les SIBLING sont directement impliqués dans l’angiogenèse.

CA : Pourriez-vous nous résumer l’actualité sur la famille des SIBLING?

Les « Small Integrin-BindingLIgand, N-linked Glycoproteins » (OPN, BSP, MEPE, DMP1 et DSPP) sont codées par des gènes qui sont alignés l’un après l’autre sur le même chromosome (4 chez l’homme, 5 chez la souris). Phylogénétiquement, comme Jean-Yves Sire a eu l’occasion de nous l’expliquer, leur apparition coïncide avec le développement de l’os endochondral, ce qui indique leur importance pour cet organe, même si elles sont aussi exprimées dans d’autres tissus.  La DSPP est surtout importante dans la dent, et les travaux actuels sur MEPE et la DMP1 sont focalisés sur leur rôle majeur dans la minéralisation et le métabolisme phosphocalcique, en particulier en interaction avec l’hormone osseuse FGF-23. L’OPN est la « vedette » des SIBLING presque depuis sa découverte, mais les travaux sur cette protéine ubiquitaire, véritable « cytokine », portent essentiellement sur d’autres tissus, tant sont nombreux les domaines dans lesquels elle intervient. Outre son importance pour l’activité des ostéoclastes, son rôle le plus spectaculaire établi à ce jour dans l’os est l’inhibition de la minéralisation matricielle. La BSP et l’OPN sont co-exprimées dans les cellules osseuses. Nos travaux ont montré que la BSP joue un rôle régulateur important de l’ostéogenèse, en particulier dans l’os primaire, et de la résorption, mais aussi d’autres fonctions squelettiques comme l’hématopoïèse. Tandis que certaines fonctions de la BSP peuvent être compensées par l’OPN, les rôles de ces deux protéines apparentées apparaissent souvent comme distincts ou même antagonistes. Des expériences de double extinction apparaissent nécessaires pour clarifier les rôles respectifs de ces deux SIBLING dans les multiples processus où elles sont impliquées, et c’est l’objet de notre activité actuelle.

CA : Décrivez-nous l’environnement scientifique stéphanois.

Si Claudine Blin nous a parlé de la faible taille de la communauté scientifique niçoise, que dire de Saint-Etienne ! Mais c’est largement compensé par la proximité de Lyon, où de très utiles collaborations peuvent être développées, ainsi que par le réel intérêt des collectivités locales pour le soutien à l’activité de recherche, qui est très remarquable et doit être souligné. Je mentionnerai aussi l’existence d’un tissu local de PME du domaine biomédical. Le soutien de l’Université Jean Monnet est aussi plus facile à obtenir, bien sûr, quand on est peu nombreux… Il reste qu’il se fait autour de nous, et singulièrement au sein de notre SFR IFRESIS, beaucoup de travaux de grande qualité. Pour autant, la faible taille oblige à ne pas se disperser, et l’avenir passera sans doute par de restructurations en laboratoires plus grands, ce à quoi nous travaillons dans la perspective du prochain contrat quinquennal.

CA : Vous êtes chercheur INSERM et éditeur académique pour PLoS One, est-ce difficile de concilier ces deux activités?

Non, ce n’est pas en soi trop difficile. Passer « de l’autre côté » a d’ailleurs constitué une expérience intéressante, et j’ai passé environ un an à « prendre mes marques » sur une activité éditoriale qui était nouvelle pour moi. Découvrir à quel point il est (quelquefois) difficile d’intéresser les collègues à la révision d‘un article m’a rendu (un peu) plus patient avec les éditeurs qui « font trainer » les miens…

J’en profite pour rappeler à tous à quel point cette activité est importante, et cela d’autant plus que votre spécialité est petite et vous semble peu considérée (je pense à la biominéralisation, par exemple). Réviser pour les collègues, c’est aussi soutenir sa propre activité, et une communauté de réviseurs actifs contribue à la qualité, mais aussi la visibilité d’un domaine scientifique.

CA : Seriez-vous tenté de rejoindre le conseil d’administration de la SFBTM?

Comme vous avez eu la gentillesse de le mentionner, j’ai « déjà donné » dans les débuts de l’association…  Après tout, l’expression « place aux jeunes » n’exprime pas seulement de la magnanimité !  :)  Je suis néanmoins prêt à effectuer pour la SFBTM des tâches spécifiques pour lesquelles je me sentirais compétent - et à exprimer franchement mon opinion en Assemblée Générale, d’une manière que j’espère constructive…  ;)


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Claudine BLIN, Administratrice de la SFBTM
SFBTM : Claudine BLIN, vous avez été élue administratrice de la SFBTM en 2012. Pourriez-vous vous présenter en quelques mots, et nous dire quel est votre parcours professionnel?
CB : Mon parcours est très classique : études, DEA et doctorat en endocrinologie moléculaire à Paris. Ensuite, j’ai effectué un post-doctorat en endocrinologie moléculaire avec R. Krishnamoorthy, sur un modèle un peu atypique, le poisson, puis un second sur les homéogènes et le développement du squelette craniofacial avec A. Berdal à Paris, et un troisième sur l’ostéopetrose chez G. Carle à Nice. C’est pendant ce dernier stage que j’ai commencé à m’intéresser à l’ostéo-immunologie, ce qui m’a permi de très vite monter un groupe autonome, puis d’être recrutée CR1 à l’INSERM en 2005 et DR2 en 2012. Aujourd’hui, j’anime l’équipe “microenvironnement osseux et physiopathologie de la réponse inflammatoire” dans le laboratoire de physiomédecine moléculaire, dirigé par Jacques Barhanin, à Nice. Nous nous intéressons aux interactions entre cellules osseuses, immunitaires et hématopoïétiques au sein de la moelle osseuse. Nous essayons de comprendre comment ces interactions contribuent à la régulation de la balance entre inflammation et tolérance immunitaire, à la régulation des niches médullaires et au remodelage osseux.
SFBTM : Comment passe t-on de l’endocrinologie moléculaire aux tissus minéralisés ?
CB : C’est une suite tout à fait logique compte tenu de mon parcours. Pour moi, l’événement déterminant a été ma rencontre avec Ariane Berdal que j’ai croisée pendant ma thèse et chez qui j’ai fait mon second post-doctorat. Elle mariait déjà l’endocrinologie et le développement du squelette craniofacial. Elle m’a transmis sa passion des tissus minéralisés et c’est vraiment grâce à elle que j’ai continué à travailler dans ce domaine.
SFBTM : Au sein de la FRE3472, vous êtes responsable du groupe « microenvironnement osseux et inflammation». Comment se situe votre groupe au sein de l’unité ?
CB : Le laboratoire de physiomédecine moléculaire est une unité pluri-thématique dont les équipes partagent un même intérêt pour la physiologie intégrative. Nous avons des domaines d’expertise différents (inflammation, hypoxie, pH, transport ionique) et notre interaction donne beaucoup d’originalité à notre projet d’unité. Pour mon équipe, cela ouvre de nouvelles perspectives de recherche sur les modifications du microenvironnement osseux et leurs conséquences au niveau ostéo-immunologique.
SFBTM : Votre équipe travaille sur les relations entre lymphocytes, cellules dendritiques et ostéoclastes, et à leurs répercussions sur l’inflammation, ce qui nécessite des compétences venues de diverses disciplines. Comment avez-vous réussi la bonne alchimie ?
CB : Plus précisément, nous nous intéressons aux interactions entre cellules non-immunitaires de la moelle osseuse (ostéoclastes, ostéoblastes, cellules stromales mésenchymateuses), cellules immunitaires (lymphocytes T, monocytes, cellules dendritiques) et cellules souches hématopoïétiques. Nos projets de recherche sont axés sur l’effet immunodulateur des ostéoclastes et des MSCs, sur le rôle des lymphocytes T dans la différenciation ostéoclastique, et sur l’effet de ces différents types cellulaires sur les niches médullaires osseuses. Tous ces aspects ont des conséquences physiopathologiques importantes notamment pour les maladies inflammatoires chroniques, le rejet de greffe ou le cancer.
Pour réussir la bonne alchimie, il faut faire les bonnes rencontres au bon moment. J’ai eu la chance d’avoir pu convaincre et d’avoir été convaincue par des chercheurs d’horizon différents. L’équipe que j’anime allie donc ostéologiste, immunologiste et spécialiste des cellules souches. Avec Matthieu et Abdel, nous formons une équipe avec des compétences très complémentaires, en échange permanent et très enthousiaste. C’est une source d’enrichissement constant. Et sans cette complémentarité, nous n’aurions pas pu développer cette thématique.
SFBTM : Comment voyez-vous le développement de l’ostéo-immunologie ?
CB : Il suffit de taper “osteoimmunology” sur Pubmed pour voir que le nombre de publications dans ce domaine est en progression exponentielle. Pendant longtemps, l’environnement osseux a été négligé par les immunologistes, au profit de tissus plus “nobles” au point de vue immunologique. Mais de plus en plus de publications mettent en évidence le rôle essentiel des cellules osseuses non seulement dans le maintien des précurseurs immunitaires, mais aussi dans celui de la mémoire immunitaire. A l’inverse, les cellules immunitaires ont une influence considérable sur la différenciation des cellules osseuses et le remodelage osseux. On commence tout juste à comprendre certaines de ces interactions, et il reste encore énormément à faire pour comprendre leurs conséquences sur la différenciation hématopoïétique, les maladies inflammatoires chroniques, les variations du remodelage osseux, le vieillissement, les métastases osseuses, etc. L’ostéo-immunologie a donc de beaux jours devant elle !
SFBTM : En dehors du soleil, qu’est ce qui est le plus agréable lorsqu’on fait de la recherche à Nice ?
CB : En dehors du soleil ? Une vue époustouflante depuis mon bureau sur la Baie des Anges, pour laquelle bien des promoteurs se damneraient ! Pouvoir se balader en manches courtes d’Avril à Octobre ! Passer des pistes de ski à la plage dans la même journée ! Plus sérieusement, j’ai trouvé à Nice une qualité de vie que je ne connaissais pas à Paris.
Côté scientifique, faire de la recherche à Nice n’est ni plus simple ni plus compliqué qu’ailleurs : comme ailleurs, l’environnement scientifique n’est pas toujours facile à comprendre lorsqu’on n’est pas Niçois, mais la taille limitée de la communauté scientifique fait qu’on est rapidement reconnu et les interactions entre laboratoires en sont d’autant plus facilitées.
SFBTM : En venant rejoindre le Conseil d’administration de notre société, y a-t-il des tâches dans lesquelles vous souhaitez plus spécifiquement vous impliquer ?
CB : Je connais la SFBTM depuis les 2èmes JFBTM à Versailles en 1999, lorsque j’étais post-doc chez Ariane Berdal. Depuis, je n’en ai raté que très peu. J’ai donc grandi avec la société et j’ai vu évoluer les étudiants et les post-docs qui comme moi sont devenus chercheurs et continuent à la fréquenter. J’ai fait partie du CS de 2007 à 2011. Alors, m’investir dans le CA était la suite logique. J’apprécie beaucoup l’équipe qui travaille dans une ambiance efficace et amicale et la façon dont elle a fait évolué le site internet de la SFBTM. Ce site, c’est l’image de la société et j’aimerais y apporter ma contribution. Je suis donc la nouvelle secrétaire adjointe, sous l’aile d’Alain Guignandon, et j’en profite pour le remercier de sa patience…


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Romuald MENTAVERRI, Amiens

SFBTM : Vous travaillez sur les ostéoclastes, dans une unité dont la thématique est consacrée aux altérations vasculaires. Pourriez-vous nous préciser l’objectif de vos travaux et comment ils s’intègrent dans cette thématique générale?
R Mentaverri: S’il est vrai que j’affectionne particulièrement tous les aspects biologiques associés à la différenciation, à l’activité ou à l’apoptose de ces plantureuses cellules, je ne travaille plus uniquement sur l’ostéoclaste aujourd’hui. Comme vous le soulignez dans votre question, l’équipe dans laquelle je suis se consacre à l’étude des altérations artérielles et notamment de la calcification des gros vaisseaux. Compte tenu des similitudes constatées avec la matrice osseuse minéralisée, il a été émis l’hypothèse que des cellules au phénotype et à l’activité proches de celles des ostéoblastes et des ostéoclastes étaient impliquées dans le développement des calcifications vasculaires. C’est cette hypothèse que nous défendons à Amiens notamment au travers de l’étude du la trans-différenciation des cellules musculaires lisses en cellules vasculaires calcifiantes et au travers de la recherche de la présence de cellules aux propriétés résorbantes au sein des vaisseaux de souris ApoE-/- rendues urémiques. Dans le contexte vasculaire, les monocytes circulants semblent être d’excellents candidats au devenir « ostéoclastique ». La présence de cellules de phénotype ostéoclastique est cependant loin d’être démontrée au sein des calcifications vasculaires. Avec l’aide des personnes qui m’entourent, je m’applique à préciser le rôle du récepteur sensible au calcium et de l’homéostasie phosphocalcique dans l’initiation et/ou le développement de différentes pathologiques dont la calcification vasculaire.

SFBTM : Quelle est l’historique de cette équipe et où est-elle située sur le campus d’Amiens?
R Mentaverri: L’équipe INSERM à laquelle j’appartiens, résulte de la fusion en 2004 de deux équipes de recherches travaillant respectivement dans le domaine vasculaire et dans le domaine osseux. Notre unité de recherche est localisée sur le pôle Saint Charles de l’Université de Picardie Jules Verne, soit à deux pas du centre ville, du quartier St Leu et de la Cathédrale d’Amiens. La construction d’un bâtiment dédié à la recherche au sein du monocentre hospitalier d’Amiens devrait cependant changer la donne dans quelques années.

SFBTM : Parlez-nous de votre parcours personnel…
R Mentaverri: Après une maitrise de biologie cellulaire et de physiologie, je me suis très vite rapproché de la recherche en santé. J’ai réalisé un DEA (master pour les plus jeunes) de biologie ostéoarticulaire et osseuse à Paris grâce auquel j’ai obtenu un financement de thèse ministériel. C’est au cours de mon DEA et de ma thèse que j’ai développé cet intérêt pour l’étude de l’ostéoclaste, notamment au contact de Michel Brazier et Marie Christine de Vernejoul. Juste après avoir soutenu ma thèse de Science, je suis parti faire un post-doctorat à Boston dans le service d’endocrinologie du Brigham and Women’s Hosptial, sous la direction d’Edward Meigs Brown. J’ai ensuite été recruté à l’Université de Picardie Jules Verne en tant que maître de conférences en Biochimie au sein de l’UFR de Pharmacie (poste que j’occupe actuellement). Enfin en 2007, j’ai été l’un des dix bénéficiaires du court circuit mis en place par la commission nationale des études de Pharmacie (PARIS V) et permettant la reprise des études en Pharmacie. Ceci m’a conduit à soutenir, en novembre 2010, une thèse de Pharmacie ayant pour titre - Modulateurs du récepteur sensible au calcium dans l’arsenal thérapeutique anti-ostéoporotique -.
SFBTM : Que vous apporte cette double formation de biologiste et de pharmacien ?
R Mentaverri: Dès l’année Universitaire 2007-2008, la formation de pharmacien m’a permis d’aborder ma recherche et mes activités d’enseignement avec un point de vue complémentaire à celui que m’avait apporté mes études « scientifiques ». J’ai notamment pris la pleine mesure de la force que nous pouvons tirer d’une interaction étroite entre scientifiques, pharmaciens et médecins. Chacun pouvant apporter aux autres un point de vue et un niveau de réflexion complémentaire que l’on ne peut imaginer sans y avoir été formé ou sans y avoir été associé. Je ne peux qu’encourager, celles ou ceux d’entre vous qui liront ces lignes à entreprendre la même démarche afin de comprendre par vous-même de quoi je veux parler. Reprendre les études de pharmacie a modifié mon approche pédagogique et ma vision de la recherche.
SFBTM : Peut-on dire que votre post-doctorat aux Etats-Unis a été crucial pour vous, et quels conseils donneriez-vous aux étudiants qui se préparent à partir en post-doc ?
R Mentaverri: Trop court à mon goût, mon séjour d’un an aux USA m’a réellement fait évoluer. J’y ai appris une autre dynamique de travail. J’y ai surtout appris à prendre confiance en moi. Je ne pense pas me tromper en disant que l’atout du post-doctorat aux Etats-Unis de permettre de couper le cordon à la fois familial et professionnel avec la France et de prendre son envol en tant que chercheur, sans pour autant rompre tous contacts. La formation doctorale française est un réel atout dans cette démarche car elle vous donne la souplesse et la rigueur nécessaire à la réalisation d’une recherche de très haut niveau dans des conditions auxquelles vous n’avez peut être pas eu accès en France.
SFBTM : Vous avez participé il y a 5 ans à l’organisation des journées de la SFBTM à Saint Valéry, dans la baie de Somme. Quels souvenirs en conservez-vous ?
R Mentaverri: J’en garde vraiment un excellent souvenir. Bien planifiée, l’organisation de ces journées en Baie de Somme s’est réellement déroulée sans problème. La science, le beau temps et la convivialité étaient au rendez-vous comme d’habitude.
SFBTM : Quel est le projet qui vous tient le plus à cœur et que vous voudriez voir aboutir dans les prochaines années ?
R Mentaverri: La réponse n’est pas simple, car tous les projets que je mène me tiennent à cœur. Plus qu’un projet, c’est la dynamique engagée au travers des collaborations initiées ces dernières années que je souhaite voir aboutir. Les bouleversements économiques qui frappent nos pays en ce moment, nous amènent selon moi à une mutualisation de nos efforts. Je suis certain que la SFBTM et les JFBTM ont un rôle à jouer dans ce processus. Elles participent notamment à la cohésion et à l’émergence d’une recherche de qualité dans le domaine osseux, au niveau national.

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SFBTM : Depuis combien de temps avez-vous rejoint l’U791 à Nantes?
S Beck-Cormier: Je suis arrivée à Nantes à l’U791 le 1er septembre 2010
SFBTM : Qu’est-ce qui vous a attirée dans l’unité de Pierre Weiss, et quels sont vos travaux dans l’équipe de Jérôme Guicheux ?
S Beck-Cormier: Mon arrivée dans l’unité U791 fait suite à une demande de mobilité de ma part et de la part de mon mari, le Dr Laurent Beck. Nous étions tous les deux chercheurs à Paris, lui à la faculté de médecine de Necker et moi à l’Institut Pasteur. J’ai été recrutée CR au CNRS en 2006 et mon modèle d’étude favori est la souris génétiquement modifiée. Cette expertise que j’ai acquise à l’Institut Pasteur dans le département de Biologie du Développement m’a amenée à travailler sur des modèles d’invalidation conditionnelle et de mettre un pied dans le monde des cellules souches embryonnaires et adultes (notamment celles de l’intestin et du système hématopoïétique). Par ailleurs, mon travail m’a amenée à collaborer avec Laurent pour générer une souris invalidée pour le gène PiT1 codant pour un co-transporteur de phosphate dépendant du sodium. A l’époque, Laurent collaborait déjà avec Jérôme Guicheux qui s’intéresse au transport de phosphate et, plus exactement, aux effets du phosphate inorganique sur les cellules du tissu squelettique.
Au moment où nous avons pris la décision de quitter Paris, Laurent s’est donc tout naturellement dirigé vers Jérôme et Pierre. Pour ma part, le choix n’était pas aussi évident, à priori… Cependant, j’avais déjà un « background tissus squelettiques » puisque l’intitulé de ma thèse était : “Voie de signalisation impliquant le récepteur de l’hormone parathyroïdienne (PTH) et du peptide apparenté à la PTH : expression et fonction au cours du développement embryo-fœtal humain, en physiologie et pathologie.” Et une partie de mes travaux a porté sur l’étude de l’expression des gènes PTHR1 et PTHrP chez des fœtus atteints de nanismes.
Pendant mon post-doc à Pasteur, ma collaboration scientifique (et personnelle !) avec Laurent faisait que je suivais de très près les résultats générés dans l’unité U845 dirigée par G. Friedlander. J’ai souvent été très enthousiasmée par les nouvelles données qui s’accumulaient sur la protéine PiT1… et j’ai eu envie de participer à cette nouvelle aventure ! Laurent et moi avons donc décidé de développer nos projets « PiT » chez Pierre Weiss.
J’ai rencontré Pierre en septembre 2009, date à laquelle je lui ai raconté ce qui m’occupait à l’Institut Pasteur. Et je dois dire que son enthousiasme, sa curiosité et son ouverture scientifiques m’ont tout de suite plu et ont participé à ma décision de venir travailler avec lui et Jérôme !
Aujourd’hui, je tente de démontrer que la protéine PiT1 n’est pas seulement un co-transporteur de sodium/phosphate, mais qu’elle est également capable d’agir à l’intérieur de la cellule et plus particulièrement dans le noyau. Je vais également utiliser mon modèle d’étude de prédilection en invalidant PiT1 spécifiquement dans le cartilage et l’os de la souris au cours du développement et chez l’adulte.
SFBTM : Parlez-nous de votre parcours personnel… Est-ce que vous êtes tombée toute petite dans les ions phosphates?
S Beck-Cormier: Absolument pas ! J’ai passé mes 3 années de doctorat à la Faculté de médecine Xavier Bichat dans l’unité de Gérard Friedlander. C’est à cette époque que je suis entrée dans le monde de la régulation phosphocalcique notamment via la PTH dans l’organisme.
Pendant ma thèse, je suis allée à plusieurs congrès internationaux où j’ai pu rencontrer et/ou entendre des chercheurs devenus pour moi des exemples à suivre : H Kronenberg, A. Stewart, R. Zeller, AC Karaplis… Je ne travaillais pas sur le modèle murin et j’ai été fascinée par toutes les possibilités qu’offrait l’utilisation des souris génétiquement modifiées. C’est à cette époque que la voie PTHR1 a été débobinée grâce aux travaux de Kronenberg, Schipani, Lanske, etc… Après ma thèse, j’ai donc décidé d’effectuer mon post-doc en développant un programme de recherche basé sur l’utilisation de ce modèle dans un labo anglophone (américain ou anglais).
La vie est ainsi faite que mes envies de partir à l’étranger se sont soudain envolées et je me suis donc mise à chercher un post-doc en France…
Pendant ma thèse, j’ai travaillé aux côtés du Dr Anne-Lise Délézoide (anatomo-foetopathologiste à l’hôpital Robert Debré) qui m’a transmis le virus de la biologie du développement. A la fin de ma thèse, j’ai eu la chance d’entendre une fabuleuse histoire scientifique racontée par Charles Babinet. Pour tous ceux qui l’ont connu (et ils sont nombreux !), les mots-clés « Développement » et « souris génétiquement modifiées » étaient évidemment présents dans son séminaire ! J’ai donc constitué mon dossier de demande de post-doc et nous avons fait un peu de chemin ensemble dans son laboratoire de « Biologie du Développement » à l’Institut Pasteur (4 ans de postdoc puis mes 4 premières années de chercheur CNRS).
SFBTM : Pendant ces années, est-ce qu’il y a des personnalités qui vous ont particulièrement marquée sur le plan scientifique
S Beck-Cormier: Charles Babinet est bien sûr le 1er nom qui me vient à l’esprit. Ce fut très enrichissant de travailler à ses côtés, aussi bien scientifiquement que personnellement. C’est aujourd’hui un ami qui me manque beaucoup…
Les personnalités scientifiques qui m’ont marquées font parti de l’aventure de la Recherche sur les cellules souches. Je pense à Austin Smith et ses cellules pluripotentes, à S. Yamanaka pour la révolution des IPs, à Hans Clevers et tous ses travaux sur les cellules souches de l’intestin.
SFBTM : Quels conseils donneriez-vous aujourd’hui à un doctorant qui aurait pour objectif d’intégrer le CNRS ?
S Beck-Cormier: Enthousiasme, courage et persévérance !!
SFBTM : Quand avez-vous connu les journées de la sfbtm, et de quand date votre première participation ?
S Beck-Cormier: J’ai entendu parler de la SFBTM en arrivant chez Pierre Weiss et Jérôme Guicheux en septembre 2010 (n’étant plus dans le domaine du « squelette » depuis la fin de ma thèse) et ma 1ère participation date du mois de mai 2011 !
SFBTM : Pendant 3 ans vous allez faire partie du Conseil Scientifique de la SFBTM. Quelle a été votre motivation pour intégrer le CS ?
S Beck-Cormier: Cela faisait un petit bout de temps que je souhaitais avoir une activité dans une société de Biologie. Mon arrivée récente dans le domaine des tissus minéralisés m’a donc motivée à me présenter au CS de la SFBTM. Je dois dire que cela me permet également de rentrer plus vite « dans le bain » !
SFBTM : Comment verriez-vous l’évolution de la Société dans les années qui viennent, et qu’en attendez-vous ?
S Beck-Cormier: Pour pouvoir répondre à cette question, je vais d’abord apprendre à connaître la SFBTM :)

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Pascal Guggenbuhl, Président de la SFR Os
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SFBTM : Vous êtes le Président de la SFR OS. Pourriez-vous nous présenter la SFR, et sa section spécialisée « SFR Os » ?
P Guggenbuhl : La Société Française de Rhumatologie (SFR) a été fondée en 1969. C’est une société savante qui regroupe des personnes s’intéressant aux maladies de l’appareil locomoteur dont l’objet est l’étude des maladies de l’appareil locomoteur, la promotion de leur connaissance…Elle a également pour but l’information des malades et constitue un interlocuteur vis-à-vis d’organismes officiels pour la rhumatologie en France. Elle compte plus de mille membres, soit environ la moitié des rhumatologues français en activité.
Elle comporte un conseil d’administration, un conseil scientifique et des sections spécialisées.
La section SFR Os est constituée de membres de la SFR qui ont un intérêt particulier pour la pathologie osseuse. Ils élisent tous les trois ans un bureau qui est chargé de proposer et de coordonner des actions ou des projets en lien avec la pathologie osseuse. Il y a une assemblée générale annuelle lors du congrès de la Société Française de Rhumatologie qui se tient à Paris, au CNIT à la défense. Pendant l’année, le bureau se réunit plusieurs fois pour définir les actions de la section et en informer les membres s’il y a lieu. Notre section est jeune, car si elle a existé il y a de nombreuses années, elle n’avait plus d’existence réelle. Ce nouvel essor remonte à environ 5 ans, sous l’impulsion notamment du Pr Christian Marcelli qui en a été le premier « nouveau » président…
SFBTM : Depuis combien de temps en êtes vous le Président ? Les membres de la SFR Os sont-ils exclusivement des rhumatologues?
P Guggenbuhl : J’en suis le président depuis trois ans et de nouvelles élections auront lieu en 2012.
Les membres de notre section ne sont pas tous rhumatologues, bien que majoritaires au sein d’une société rhumatologique. Ils présentent leur candidature au bureau qui a comme attribution de les agréer (ce qui ne pose généralement pas de problème). La seule obligation statutaire est d’être membre actif à jour de sa cotisation de la SFR !
SFBTM : Que représente l’os, parmi les pôles d’intérêt des rhumatologues français ?
P Guggenbuhl : L’os est une préoccupation majeure des rhumatologues français. Ceci est d’ailleurs une sorte d’exception dans le paysage rhumatologique mondial. En effet, dans nombre de pays, la rhumatologie est essentiellement tournée vers les pathologies inflammatoires. La pathologie osseuse et singulièrement l’ostéoporose est l’affaire d’autres spécialités comme l’endocrinologie. En France, le champ de la rhumatologie est vaste et comporte notamment les pathologies articulaires inflammatoires et mécaniques, les pathologies rachidiennes et donc les pathologies osseuses qui sont moins investies par d’autres spécialités médicales dans notre pays.
SFBTM : Comment se passe la recherche sur l’os, en rhumatologie ?
P Guggenbuhl : Elle s’articule entre recherche clinique, et la recherche plus fondamentale. Pour cette dernière, il existe déjà de nombreux liens avec les laboratoires de la SFBTM, liens que nous avons souhaité renforcer par l’interface SFBTM/SFR Os qui a eu lieu pour la première fois lors de notre congrès l’an dernier et qui est reconduite cette année sous la forme d’une session de présentations issues des deux société savantes, deux avec une orientation plus fondamentales et deux avec une annotation plus clinique.
La recherche clinique est multiple : épidémiologique, diagnostique, thérapeutique…Elle s’exerce au sein des CHU, CHG et de structures dédiées à la recherche clinique adossées à quelques services.
SFBTM : Depuis 2 ans un rapprochement a débuté entre la SFR Os et la SFBTM. Qu’en attendez-vous?
P Guggenbuhl : Nos deux sociétés sont complémentaires. Un certain nombre de collègues sont déjà des compagnons de longue date de la SFBTM, le plus souvent parce qu’ils sont impliqués dans la recherche plus fondamentale, qu’ils appartiennent où qu’ils ont appartenu au cours de leur cursus à un des laboratoires de votre groupe. La SFBTM est en revanche moins familière à d’autres praticiens (c’était mon cas) et il nous est apparu primordial d’essayer de créer plus de passerelles entre nos deux sociétés pour brasser des idées et permettre l’émergence de discussions, d’idées et de collaborations. Pour permettre aussi aux plus jeunes d’avoir un espace où ils puissent avoir une idée « d’ensemble » du champ et des possibles dans la recherche en pathologie osseuse. La rencontre au congrès de la SFR de 2010 a été je crois très appréciée. J’espère qu’il en sera de même cette année et que nous aurons encore plus d’affluence.
SFBTM : L’équipe rhumatologique de Rennes est réputée pour ces travaux dans le domaine de l’hémochromatose. Pouvez-vous nous parler-nous de vos travaux ?
P Guggenbuhl : Rennes est effectivement un centre de référence pour l’hémochromatose. La pathologie osseuse ne faisait pas partie des préoccupations initiales du groupe de recherche. Néanmoins, les saignées ayant permis de prévenir les complications vitales de la maladie, il est apparu que les patients développaient des complications chroniques de type rhumatismal et parfois une ostéoporose. Partant de ce constat, j’ai débuté ma thématique de recherche sur le retentissement des surcharges en fer sur l’os en intégrant l’unité INSERM UMR991 à Rennes. Nous menons des travaux cliniques et plus fondamentaux, en collaboration notamment avec le Pr Daniel Chappard (Angers) dans le laboratoire duquel j’ai séjourné un an en 2005. Nous avons pu ainsi confirmer l’existence d’une ostéoporose dans environ 30% des cas chez des hommes jeunes dans une série homogène de patients tous atteints d’une hémochromatose génétique HFE1 prouvée génétiquement. Nous avons montré ce phénotype d’ostéoporose chez des souris HFE-/-. Enfin dans un modèle in vitro nous avons mis en évidence une diminution de la croissance des cristaux d’hydroxyapatite en présence de fer ainsi qu’une altération de leurs propriétés. Des travaux sont en cours au laboratoire pour identifier les voies métaboliques impliquant le fer et le métabolisme osseux. Sur le plan clinique, un Projet Hospitalier de Recherche Clinique est en cours pour évaluer sur 3 ans le retentissement des saignées sur la perte osseuse liée à l’hémochromatose.
SFBTM : Quels conseils donneriez-vous à un jeune rhumatologue intéressé par la recherche? Comment l’inciter à participer aux activités de la SFBTM ?
P Guggenbuhl : Tout d’abord de regarder du côté de la pathologie osseuse car c’est un univers formidable au moins aussi passionnant que celui de la pathologie inflammatoire qui a souvent la préférence de nos juniors. Il existe d’ailleurs actuellement de nombreuses voies de convergence entre les deux mondes (os sous-chondral, ostéoimmunologie, érosions osseuses dans les maladies rhumatismales inflammatoires…). Ensuite de participer aux congrès des deux sociétés et a fortiori aux sessions d’interface pour voir ce qu’il s’y présente et ce qu’il s’y dit et surtout pour pouvoir nouer des contacts qui lui permettent de développer les projets qui l’intéressent.
SFBTM : Rendez-vous à Bordeaux 2012, puis à Poitiers en 2013?
P Guggenbuhl: Avec plaisir, mais avant, rendez-vous le 12 décembre 2011 au CNIT pour notre deuxième session d’interface de 15h30 à 16h30!
…le site de la SFR section Os.

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pierremarie.jpgPierre MARIE, Directeur de recherche CNRS,
Responsable de l’équipe « biologie et pathologie de l’ostéoblaste »Inserm U606 et Université Paris Diderot, Hôpital Lariboisière, Paris

  • SFBTM : Pourriez-vous présenter en quelques mots votre thématique de recherche et votre équipe?
  • PM : L’objectif général des recherches de mon laboratoire est d’identifier de nouveaux mécanismes contrôlant l’ostéogénèse afin de développer des stratégies thérapeutiques capables de favoriser l’ostéoformation et d’inhiber les tumeurs primaires osseuses. Nos travaux ont permis d’identifier plusieurs mécanismes impliqués cellulaires et moléculaires dans différentes pathologies affectant l’ostéoblaste telles que l’ostéomalacie, l’ostéoporose, la dysplasie fibreuse, les craniosténoses et l’ostéosarcome. J’ai également contribué au développement d’un nouveau traitement anti-ostéoporotique et, plus récemment, développé de nouvelles approches thérapeutiques pour favoriser la régénération osseuse à partir de cellules souches mésenchymateuses.

  • SFBTM : Dans ce domaine, les 15 dernières années ont été fertiles en avancées spectaculaires. Quelles sont les plus marquantes à vos yeux ?
  • PM : Les avancées importantes dans le domaine de l’ostéogénèse ont été dues principalement à l’analyse des pathologies du squelette induites par des mutations génétiques, et aux données obtenues dans des modèles murins grâce au développement des manipulations génétiques chez la souris. Le développement conjoint des analyses génétiques, moléculaires et fonctionnelles a permis initialement la découverte des rôles essentiels de facteurs de transcription tels que Runx2, Ostérix et d’autres facteurs, ainsi que leur régulation au niveau transcriptionnel et post-transcriptionnel. Une deuxième avancée importante est la découverte de l’importance de la voie Wnt dans le contrôle de l’ostéogénèse normale et pathologique. En particulier, on connaît mieux le rôle de la voie Wnt et de ses facteurs régulateurs dans le recrutement et la différenciation des cellules souches mésenchymateuses, données qui ont un impact important dans le domaine de la régénération tissulaire osseuse. Une autre avancée importante est la reconnaissance du rôle de l’ostéocyte dans le contrôle de l’ostéogénèse, rôle joué en partie par la voie Wnt. Une quatrième avancée est la découverte du rôle joué par le système nerveux central dans le contrôle de l’ostéogénèse. Enfin, le rôle potentiel de l’os en tant qu’organe endocrinien, bien que toujours discuté, est certainement un domaine important qui reste à explorer.

  • SFBTM : Comment devient-on un spécialiste de l’ostéoblaste ? Quelle est votre formation et avez-vous eu un parcours linéaire?
  • PM : Honnêtement, je ne sais pas si on « devient » un spécialiste d’un domaine donné. A mon sens, un chercheur peut avoir plusieurs parcours possibles en fonction de son expérience, de sa personnalité et bien sûr et des ses propres capacités à entreprendre. Certains chercheurs très doués développent une recherche innovante grâce à leur intuition et à leur créativité hors normes, et sont ainsi les premiers à apporter de nouveaux concepts dans leur domaine. Mais tout le monde n’est pas surdoué ! La majorité des chercheurs développent leur recherche à partir des idées des autres (ce qui n’est pas honteux !) ou en développant leur savoir faire dans un domaine donné (ce qui est très respectable). Ces travaux conduisent à une meilleure connaissance du domaine concerné, même s’ils sont sans doute moins spectaculaires. Ma formation n’est pas très originale : Doctorat de 3ème cycle suivi d’un doctorat d’Etat en sciences, post-doctorat à l’Université Mc Gill de Montréal, puis retour en France dans une unité Inserm avec un poste de chargé de recherche au CNRS en 1982, puis de directeur de recherche en 1990. Dans mon expérience, le post-doctorat est essentiel dans la vie d’un chercheur: ce temps permet de devenir autonome et de trouver l’axe de recherche que l’on veut développer. C’est également au cours du post-doctorat qu’on établit des relations scientifiques et des collaborations qui serviront toute la vie. Par la suite, il faut s’attacher à développer son domaine de prédilection en utilisant tous les atouts dont on dispose (expérience, méthodologie, intuition, collaboration, savoir-faire, persévérance). C’est une des conditions du succès en recherche.

  • SFBTM : Vous connaissez bien le « gratin » de la recherche sur l’os. Y a t-il des personnalités qui vous ont particulièrement marqué ?
  • PM : Il y a bien sûr plusieurs personnalités qui m’ont marqué et par qui j’ai beaucoup appris. J’ai d’abord été formé en histomorphométrie osseuse par le Dr Philippe Bordier, décédé en 1977. Il m’a enseigné le B.A.-BA de l’os. Je suis d’ailleurs très fier d’avoir récemment pu créer l’ECTS Clinical Award Philippe Bordier en signe de reconnaissance. A l’Université McGill, grâce à Francis Glorieux, j’ai appris à développer des relations scientifiques internationales. Roland Baron est certainement une personne que j’apprécie énormément dans le domaine de l’os par sa rigueur, sa personnalité, et son intelligence. D’autres personnalités maintenant disparues m’ont bien sûr marqué comme Gideon Rodan, Larry Raisz. Plus récemment, je suis très impressionné par le travail de David Scadden à Harvard, mais on pourrait en citer d’autres…

  • SFBTM : Depuis quand participez-vous aux activités de la sfbtm et que vous apporte cette fréquentation?
  • PM : Je crois que j’ai été membre des JFBTM dès la deuxième année de leur création. J’ai ensuite participé au conseil scientifique de la sfbtm et organisé avec d’autres chercheurs la réunion annuelle en 2004 à Versailles et plus récemment en 2011 à Paris. Je pense que les journées scientifiques de la sfbtm sont très importantes car elles permettent aux jeunes étudiants et post-doctorants de présenter leurs travaux sous forme orale ou affichée et éventuellement d’être récompensés. Cela leur permet de prendre confiance en eux (c’est souvent leur première expérience de rencontre scientifique), de rencontrer des chercheurs de leur âge ou plus anciens avec qui ils peuvent échanger librement. Ceci sans compter les aspects festifs qui permettent d’établir des rapports amicaux entre les chercheurs de toute la France. C’est indéniablement un grand succès, comme on a pu le constater récemment à la dernière réunion parisienne.

  • SFBTM : Quel est votre secret pour transmettre aux plus jeunes la passion de la recherche sur l’os ?
  • PM : Je ne crois pas qu’il y ait un secret. Pour moi, j’essaye de transmettre aux jeunes étudiants et post-docs ma curiosité, mes questionnements, mon esprit critique, et aussi l’autonomie en recherche. J’essaye simplement de les faire réfléchir par eux-mêmes sans imposer mes vues, et cela les aide à progresser. Je suis toujours très heureux lorsque je vois un étudiant s’épanouir en terminant d’écrire sa thèse car il ou elle découvre alors que ses travaux apportent de nouvelles connaissances dans un domaine donné. J’ai bien souvent constaté que le séjour au laboratoire de ces jeunes a bien souvent fait évoluer leur personnalité. Ils sont plus autonomes et ont acquis pour la plupart l’envie de continuer en recherche, dans des domaines scientifiques fondamentaux ou plus appliqués, selon leur goût. Peut-être que mes encouragements, mon encadrement, l’aide que j’ai pu leur apporter, les ont aidé à acquérir cette passion, et si c’est le cas, j’en suis très heureux.

Jean Yves SIRE, membre sortant du conseil scientifique et futur organisateur de nos prochaines journées à Paris.

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SFBTM : Pourriez-vous présenter en quelques mots votre thématique de recherche?

J-Y Sire : Bonjour. Ma thématique est en grande partie celle de l’équipe de recherche “évolution et développement du squelette” que j’ai créée il y a environ 10 ans et qui est, bon an mal an, composée de 6 à 8 personnes. Cette thématique est répartie sur deux axes principaux. L’un concerne les aspects évo-dévo des dents et s’appuie sur des études du développement dentaire chez divers modèles vertébrés, poissons osseux, amphibiens et reptiles, avec bien sûr comme but de comparer nos résultats à ceux qui ont été déjà obtenus chez les mammifères et surtout la souris. Actuellement, je m’intéresse beaucoup aux mécanismes qui contrôlent le remplacement des dents (via sans doute des cellules souches) et à l’évolution des différents tissus hyperminéralisés (émails, émailloïdes, ganoïnes, etc.). L’autre axe comprend des études comparatives, au niveau moléculaire, des gènes codant les protéines dites “minéralisantes” (SCPPs, Gla-protéines). Mes objectifs relèvent à la fois d’une approche fondamentale, comme connaître l’origine évolutive de ces protéines et les modifications de leur séquence au cours de l’évolution des vertébrés, et une approche plus appliquée car nous utilisons nos analyses évolutives pour prédire et/ou valider des maladies génétiques, et pour mettre en évidence des acides aminés et/ou des régions qui ont une fonction très importante.

SFBTM : Quels sont les principaux outils dont vous vous servez, et quel est votre environnement scientifique?

J-Y S : Nous utilisons de nombreuses techniques permettant les études comparatives à différents niveaux d’intégration, c’est-à-dire du gène au tissu. La bioinformatique nous permet de rechercher des séquences de gènes et/ou de protéines dans les banques, puis nous utilisons divers logiciels pour effectuer des analyses évolutives. En biologie moléculaire nous utilisons surtout l’approche morphologique consistant à obtenir des gènes cibles et étudier leur expression par hybridation in situ sur coupes, avec quelques soucis car nous travaillons sur des tissus bien minéralisés. Nous couplons ces études à des observations morphologiques, le plus souvent histologiques mais de temps en temps à un niveau ultrastructural avec le MEB et la MET. Pour ce qui est de votre deuxième question, nous appartenons à une UMR composée de 10 équipes et dont l’activité est centrée sur l’étude de la biodiversité à tous les niveaux d’intégration, du gène à la population, en passant par des études de phylogénie. D’autre part, l’UPMC étant la plus grande université scientifique de France, l’environnement scientifique y est très favorable, notamment pour accéder à de nombreuses plateformes techniques et mettre en place des collaborations.

SFBTM : Quelle est votre formation et avez-vous eu un parcours linéaire?

J-Y S : J’ai commencé mes études universitaires à Orsay (formation de biologie animale). J’étais à cette époque très intéressé par des recherches dans le domaine de l’aquaculture et j’ai migré après ma maîtrise à Jussieu, à l’université Paris 7, pour suivre un enseignement en biologie marine (DEA). N’ayant pas pu obtenir de sujet de thèse en aquaculture, j’ai pu intégrer… il y a déjà quelques années! une équipe de recherche à P7 (Prof Y. François puis A. De Ricqlès) dont la thématique était centrée sur l’étude comparative (à l’époque nous ne parlions par encore d’études évolutives mais nous y étions en plein) des tissus osseux des vertébrés non mammaliens. J’y ai effectué une thèse sous la direction de F.J. Meunier sur le développement, la croissance, et la morphologie comparée des écailles. Je suis donc tombé très tôt dans la marmite évolutive, avec plus particulièrement des questions concernant déjà ce que l’on appelle aujourd’hui l’évo-dévo, et à partir de ces observations l’étude des relations de parenté entre les divers tissus hyperminéralisés des vertébrés.

SFBTM : Depuis quand participez-vous aux activités de la SFBTM et que vous apporte cette fréquentation?

J-Y S : J’ai participé aux premières journées fondatrices à Lyon et n’en ai pas manqué beaucoup depuis. Deux peut-être? J’ai été membre pendant plusieurs années du comité scientifique. Je dois dire que j’ai toujours apprécié ces journées par ce qu’elles apportent à la fois à nos jeunes doctorants, toujours de plus en plus nombreux à présenter leurs travaux, à nos connaissances scientifiques générales et à nos relations professionnelles. Ma formation de biologiste et d’évolutioniste, et aussi le fait que nous travaillons sur des modèles vertébrés, expliquent sans doute mon intérêt pour notre Société car de nombreux processus sont semblables chez tous les vertébrés et nous pouvons tirer beaucoup d’enseignement des recherches menées sur les modèles rongeurs. Je sais que la plupart de nos collègues travaillant sur ces modèles et chez l’homme sont très intéressés par les aspects comparatifs de la biominéralisation dans le règne animal - peut-être le côté exotique de nos modèles - mais ce n’est pas toujours réciproque. Mes collègues travaillant sur les biominéralisations s’y trouvent un peu perdus et c’est une des raisons qui nous a motivés pour organiser les prochaines journées à Paris dans un environnement riche en biodiversité comme l’Université Pierre et Marie Curie (UPMC) et le Muséum National d’Histoire Naturelle (MNHN) qui, comme vous le savez, est un gisement pour un grand nombre de tissus minéralisés - os, dents, coquilles - récents ou très anciens. Bien entendu, nous ne manquerons pas de ménager, comme chaque année, une place importante aux travaux relatifs aux tissus minéralisés des mammifères.

SFBTM : Comment voyez-vous, à l’inverse, l’apport des travaux sur l’évolution et sur la biominéralisation et pour les chercheurs du domaine de l’os et du cartilage?

J-Y S : Pour ma part j’ajouterais “du domaine des dents”. En biologie les études comparatives ont toujours permis de mieux comprendre de nombreux processus que ce soit au niveau de la morphogenèse ou de la différenciation des tissus et organes, ou de leur minéralisation. Bien sûr on peut penser que les approches comparatives concernant les tissus minéralisés des vertébrés peuvent intéresser plus nos collègues que des études sur les non vertébrés mais la biologie est un continuum (nos ancêtres étaient des non vertébrés) et nous connaissons beaucoup d’exemples, notamment dans les biomatériaux, où des tissus minéralisés de non vertébrés ont été utilisés. Pour ce qui concerne les analyses évolutives et moléculaires des protéines minéralisantes nous avons déjà montré tout ce qu’elles pouvaient apporter, notamment pour identifier les régions qui jouent un rôle important pour la bonne fonction de la molécule.

SFBTM : Vous organisez les prochaines journées de la sfbtm en 2011. Pourriez-vous nous en rappeler les dates et lieu exacts?

J-Y S : Les prochaines journées que nous organisons à Paris auront lieu mercredi 25, jeudi 26 et vendredi 27 mai 2011, sur le campus de l’UPMC et au MNHN. Il est prévu d’ouvrir les journées le mercredi à 10h et de les clore le vendredi vers 16h. L’après-midi du jeudi et l’Assemblée Générale se dérouleront au MNHN. Nous aurons 6 sessions, chacune introduite par un conférencier invité renommé. Nous avons déjà lancé des invitations et plusieurs collègues ont répondu favorablement.

SFBTM : Comment est composé le comité d’organisation?

J-Y S : L’organisation sera assurée par 4 personnes appartenant à 4 équipes parisiennes intra muros: Christian Milet (MNHN), Jorge Cubo (UPMC), Pierre Marie (INSERM) et moi-même. Nous serons bien entendu aidés par certains membres de nos équipes respectives. Nous allons faire tout notre possible pour que ces journées soient réussies, aussi bien pour les aspects scientifiques que festifs…

SFBTM : Avez-vous un scoop pour ces prochaines journées ? Que diriez-vous aux lecteurs qui hésitent à s’inscrire

J-Y S : Je ne peux pas dévoiler nos projets extra scientifiques… surprise! Côté sciences, je dirai simplement que nous allons travailler dans la continuité, c’est-à-dire suivre le modèle qui a fait ses preuves lors des journées organisées par nos prédécesseurs, et innover un peu en injectant dans le programme un peu plus de diversité. Pour cela nous allons convaincre nos collègues des biominéralisations que ces journées sont aussi leurs journées. Pour se faire nous prévoyons d’ajouter une dizaine de créneaux pour des exposés concernant la biodiversité. cela explique pourquoi nous avons prévu de débuter ces journées le mercredi matin pour les terminer le vendredi après-midi. Des conférenciers de renom, des exposés couvrant de nombreuses disciplines dédiées à l’étude des tissus minéralisés, une large place faite à des communications de doctorants, des cadres très agréables en plein centre de Paris et des soirées surprise… n’hésitez pas à souligner à l’encre rouge ces dates sur votre agenda 2011.

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Alain Guignandon,

nouveau secrétaire de la SFBTM?

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SFBTM : Pourriez-vous vous présenter en quelques mots?

AG : Comme vous le voyez sur la photo juste au dessus, je suis d’un naturel enthousiaste, dynamique et vous me trouverez rarement à mon bureau à triturer une image pour la faire parler. Plus sérieusement, et pour faire bref sur mon parcours au sein du Laboratoire de biologie du tissu osseux - LBTO de St-Etienne, je suis un ancien ingénieur d’études spécialiste de la mise en boite et en orbite de cellules osseuses (cf. question suivante), reconverti en enseignant-chercheur dont les missions principales sont de montrer à quels points la mécanique de nos cellules est fascinante à des premiers années de médecine et des élèves ingénieurs civils des mines…le public le plus difficile n’est pas forcement celui auquel vous pensez.

SFBTM : Comment êtes vous arrivé à St-Etienne?

AG : Plutôt par hasard mais surtout par chance. Plutôt par hasard car je cherchais, après ma maitrise de biologie cellulaire à Limoges, un laboratoire d’accueil pour un DEA où serait abordés de la biologie et du spatial. Mon dévolu fut jeté sur le DEA de physiologie en environnement extrême de Lyon1. Le LBTO travaillant sur l’os et la microgravité cherchait quelqu’un et par chance personne n’avait encore postulé, me voila donc recruté en DEA par une chercheuse INSERM Laurence VICO…nous sommes en 1992. Plutôt par chance car le LBTO m’a donné la chance que je n’aurais pas eu ailleurs de faire une thèse, de participer puis d’organiser des missions spatiales aux USA et en Russie et d’être aujourd’hui MCU comme ils disent en médecine.

SFBTM : Quel regard portez-vous sur la SFBTM ?

AG : Pour moi les journées JFBTM de la SFBTM c’est d’abord une chance pour les étudiants de présenter leurs travaux (même de master) sans barrière de langue et de recevoir une bourse de voyage pour un congrès plus international…en plus les JFBTM réussissent le tour de force d’être francophone mais pas franchouillardes car toujours de bons niveaux. Enfin une force est celle d’ouvrir les esprits des gens de la minéralisation de l’os ou de la dent à celle plus ancienne des coquilles et on gagne toujours à s’ouvrir l’esprit.

SFBTM : Depuis quand fréquentez vous la SFBTM ?

AG : Je crois pouvoir dire que je suis tombé dedans depuis le début en 1998 à Lyon, je n’en ai manqué que 2 surement à cause de réductions budgétaires et non volontairement. Le secret des JFBTM c’est l’assurance de participer à une réunion conviviale voire même familiale. Personnellement, je dois beaucoup à l’équipe de Bordeaux et à Reine Bareille notre trésorière perpétuelle en particulier, pour l’ambiance qui règne aux journées et c’est Reine qui à fait que j’ai postulé au bureau de la SFBTM.

SFBTM : Dans votre cursus y a t-il des personnalités fortes qui vous ont marqué?

AG : Oui de nombreuses et pour des tas de raisons différentes mais j’ai été très impressionné par la simplicité et la justesse de raisonnement de feu Gideon RODAN que j’ai eu la chance de rencontrer une fois grâce à Marie-Héléne LAFAGE-PROUST qui sortait de son laboratoire et venait d’intégrer le LBTO…d’ailleurs Marie-Hélène ne cesse de m’impressionner au quotidien…j’ai ensuite été impressionné par mon mentor en imagerie cellulaire, Yves USSON de Grenoble puis en post-doc par la directrice du lab. de biologie du tissu conjonctif de Liège, la Pr Betty NUSGENS qui arrive à faire rimer performance et bonne ambiance dans son laboratoire.

SFBTM: Vous travaillez actuellement sur contrainte mécanique et cytosquelette, quels sont les aspects de ce domaine qui vous passionnent le plus? Quelles techniques utilisez-vous quotidiennement ?

AG : Ce qui me passionne le plus dans ce thème c’est qu’on ne sait finalement pas grand-chose car peu de gens s’y intéressent. Les grands spécialistes du cytosquelette regardent rarement l’impact de cette dynamique sur les voies de différenciation alors que le simple fait de moduler la forme, la dynamique du cytosquelette conditionne la durée de vie, l’activité ou l’engagement de cellules souches et devient un carrefour obligatoire pour tous les signaux reçus par la cellule. Dans le domaine des biomatériaux, il est clair que les topographies, les chimies de surface contraignent mécaniquement les cellules et modifient grandement la dynamique du cytosquelette qui fonctionne comme un interrupteur pour des réponses à des facteurs de croissance, des hormones etc… On ne sait que peu de choses concernant les meilleures combinaisons matériaux/cellule/signaux externes possibles. Mon rêve serait de trouver une bonne combinaison pour induire rapidement la différenciation osteocytaire, car la maturation des ostéocytes, cellules ultra-mecanosensibles au cytosquelette impressionnant s’il en est, reste pour moi fascinante. Pour ce qui est des techniques, historiquement le LBTO est un labo d’imageurs…de tissus avec des scanners, par histomorphométrie et plus récemment de cellules car notre IFR (IFR143-IFRESIS) vient de faire l’acquisition d’une station de vidéomicroscopie qui va nous permettre de contrôler intimement la mécanique l’énergétique (O2) et la dynamique des cellules afin de trouver les combinaisons dont je parlais juste au dessus.

SFBTM: Les prochaines journées de la SFBTM auront lieu à Saint-Etienne du 9 au 11 juin 2010, comment cela se présente?

AG : Le comité d’organisation n’est pas encore serein mais les journées auront lieu à la toute nouvelle cité du design de St-Etienne en juin prochain. Nous en profiterons pour lancer un petit concours d’images scientifiques afin qu’un jury de l’école de design élise celles qui les ont le plus inspirées. Nous compterons donc sur vous pour les images et illustrations.